Quelles étaient
vos représentations du monde syndical et vos contacts avec lui avant de devenir
conseiller à l’ANPE ?
Abdel - Avant de rentrer à l’ANPE, je n’avais jamais été syndiqué. Cependant j’avais
toujours travaillé soit dans des milieux où les syndicats été représentés, soit
dans des associations où nous travaillions en collaboration avec les syndicats.
Mais je n’en avais pas une connaissance interne. Lorsque
vous êtes devenu salarié à l’ANPE, vous vous êtes syndiqué à la CGT, qu’est ce
qui a motivé votre choix ? J’avais un a priori positif vis à vis de la CGT qui
datait de ce que j’avais vécu avant et en rapport avec le positionnement du syndicat
sur les différentes questions de société comme la sécu et les retraites. Ces questions
étaient à l’ordre du jour quand je me suis syndiqué. De plus, l’accueil de mes
collègues cégétistes lorsque je suis arrivé à l’agence Belle de mai a été très
chaleureux. Arrivant sur Marseille, je n’avais pas de logement et ils m’ont tout
de suite aidé à constituer un dossier de demande d’appartement. Une de mes collègues
qui partait en vacances et que je connaissais à peine m’a prêté son appartement. | |

"Maintenir
la mission de service public de l'ANPE. Nous ne voulons pas devenir une boite
d'intérim." Aujourd’hui,
au sein de l’ANPE, quels sont pour vous, en tant que syndicaliste, les enjeux
? En
2003, le statut de l’ANPE a changé en abandonnant la référence au statut de la
fonction publique. Il faut savoir que l’ANPE est le laboratoire du changement
de la fonction publique. Nos salaires et nos objectifs vont vers une individualisation
toujours croissante, comme dans le privé. Le mot d’ordre, c’est l’ef. cience,
cependant on nous demande d’être toujours plus ef. cace avec moins de moyens.
Il me semble indispensable de maintenir la mission de service public de l’ANPE,
c’est-à-dire recevoir tous les demandeurs d’emploi et ne pas mettre en concurrence
les uns avec les autres. |
Tout ça crée des liens. A la fin de ma période d’essai je me suis donc syndiqué.
Je précise bien : à la fin de ma période d’essai, car dès qu’elle le peut la hiérarchie
barre la route au personnel syndiqué. J’ai alors suivi des formations la première
année qui m’ont permis de me pencher sur l’histoire des syndicats, leurs différents
courants, leur rapport au politique, leurs rôles dans les négociations salariales.
J’ai suivi une formation proposée par l’union locale de la CGT, sur mon temps
de travail, pendant laquelle j’ai pu rencontrer des personnes syndiquées travaillant
dans d’autres secteurs. Cela m’a permis d’aborder des problématiques qui dépassent
le simple cadre de mon travail avec la possibilité de s’inscrire par la suite
en tant quecitoyen dans des commissions de ré. exion sur l’égalité des sexes ou
la formation par exemple et de s’investir dans des mouvements sociaux. Je pense,
entre autres, à la solidarité avec les salariés de Lustucru. C’est une des forces
du syndicalisme que de permettre une certaine ouverture d’esprit et se dégager
de nos seules problématiques. | |
Nous ne voulons pas devenir une boîte d’intérim, recevoir les personnes les plus
employables et laisser tomber les autres. Nous nous battons pour une égalité de
traitement et pour obtenir les moyens suf. sants pour cela, malheureusement les
choses ne vont pas dans ce sens, bien contraire. Dans les Bouches-du-Rhône, le
problème de l’emploi est très important. Cependant la volonté du Medef et du gouvernement
n’est pas d’offrir aux chômeurs de réels emplois mais je dirais plutôt de les
remettre en activité sur des postes peu attrayants, dif. ciles à pourvoir, avec
des contrats précaires et souspayés. Et je me positionne avec la CGT contre cette
logique idéologique véhiculée par le Medef et le gouvernement, qui consiste à
incriminer les demandeurs d’emploi bénéficiaires de minima sociaux en faisant
porter sur eux la responsabilité du chômage alors que du travail ils en veulent,
mais ils veulent un vrai travail avec un vrai contrat et un vrai salaire.
Après les manifestations du 10 mars, comment semblent s’annoncer les choses
selon vous ?
J’ai manifesté le 10 mars pour la défense du service public, pour le maintien
des 35 heures parce que l’on ne peut pas tirer les choses vers le bas et revenir
en arrière, et pour les salaires, car on se doit, en tant que syndicaliste, de
porter aussi ce combat là. On a la possibilité aujourd’hui de négocier, une possibilité
liée au rapport de force et à l’échéance du référendumsur la Constitution européenne.
Cela pèse dans la balance et c’est le moment où jamais de se faire entendre. K.M. |